Aujourd’hui, une trentaine d’agglomérations françaises est dotée d’au moins une ligne de tramway. Dans les années 60, à l’exception de Lille, Marseille et St Etienne, le tramway avait disparu du paysage urbain français. Quelques années aprés cette quasi-extinction, la renaissance du tramway en France fut d’abord le fruit d’une volonté politique forte.

Volonté politique de l’Etat de relancer les transports publics urbains pour contrecarrer les effets désastreux du « tout-voiture » (congestion, pollution), notamment grâce à la création du versement transport (à partir de 1972) et à l’initiative du « tramway français standard » (TFS). Ce concours lancé en 1975 par Marcel CAVAILLE est considéré par les acteurs du transport public comme fondateur de la renaissance du tramway en France (1).

Cette volonté politique a été aussi incarnée par une nouvelle génération d’élus locaux portée en 1977 à la tête des collectivités territoriales elles-mêmes dotées peu après, par les lois de décentralisation et la LOTI (1982), de responsabilités et d’outils pour développer les transports collectifs.

(1) Voir Le Renouveau du tramway en France, Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, www.developpement-durable.gouv.fr

Depuis l’élan pionnier de Nantes et de Grenoble, dont les réseaux de tramway ont été mis en service dans les années 80, le tramway s’est peu à peu imposé comme la référence dans le domaine des TCSP. Vecteur d’une politique globale de mobilité, il s’inscrit dans une logique de réaménagement, de développement durable, d’accessibilité et d’attractivité des territoires urbains.

Le tramway est aujourd’hui de l’avis général, un outil efficace pour repenser l’espace urbain – désenclaver des quartiers, requalifier les espaces publics, assurer l’accès de tous aux services de centralité – et structurer le projet urbain.

Imaginé, conçu et réalisé en interaction constante avec les parties prenantes (élus, services publics, habitants, commerçants, entreprises…), on peut légitimement parler, à propos du tramway, de démarches de co-construction d’une transformation urbaine globale dont on ne trouve d’exemples, aujourd’hui, qu’à l’échelle réduite d’un ensemble immobilier ou d’un quartier mais jamais de la ville entière.

Le 7 mai 2013, le ministère des Transports a lancé le troisième appel à projets de TCSP « Transports collectifs et mobilité durable » qui s’inscrit dans une stratégie de transition écologique : une enveloppe de 450 millions d’euros est destinée à soutenir les collectivités souhaitant s’équiper de métro, tramway, tram-train, BHNS, de navette fluviale ou maritime, de transport par câble ou crémaillère.

Pour l’évaluation des dossiers, le ministère appréhendera « l’intérêt du projet au regard des enjeux de développement durable touchant au cadre de vie et à l’accessibilité, à la qualité de l’air, à la bonne gestion des espaces, à la transition énergétique et à la cohésion sociale. A cette fin, les projets contribuant à l’amélioration de la desserte des quartiers prioritaires de la politique de la ville bénéficieront d’un taux de subvention qui pourra être majoré jusqu’à 10 % supplémentaires ».

Dans les projets susceptibles d’être retenus, on relève une cinquantaine de projets de BHNS (bus thermiques sur voie réservée), systèmes mis en place par des villes de 100 à 200 000 habitants.

Nous pensons que cette orientation est un choix par défaut. En effet, ces villes ne peuvent pas prendre en charge le financement d’un tramway alors que le besoin d’un système de transport plus structurant peut se présenter.

À titre d’exemple, une ligne de tramway de 12 km coûte aujourd’hui entre 250 et 350 millions d’euros, ce qui constitue pour une collectivité de taille moyenne un investissement lourd. Ces collectivités sont donc amenées à mettre en place des réseaux de bus sur voies réservées qui, s’ils reprennent certaines caractéristiques des tramways, n’en demeurent pas moins des réseaux de bus, le tout pour un montant au km élevé, entre 8 et 12 millions d’euros par km, soit un budget total compris entre 100 et 150 millions d’euros pour la même ligne de 12 km.

N’est-ce pas cher payé pour faire circuler un système proche des bus ? A ce jour, faute d’alternative abordable, le BHNS apparait pour nombre de villes moyennes comme la seule voie possible ! Force est de constater qu’il n’existe pas aujourd’hui de solution de transport collectif, efficace et vertueuse en termes d’environnement, pour une part importante de la population française qui, de fait, n’a pas accès à des systèmes de transport collectif de qualité comparable à ceux des grandes agglomérations. Cette question se pose aussi pour les compléments de réseaux existants.

Ce constat interpelle tous les acteurs du tramway français depuis 30 ans, (autorités organisatrices, opérateurs, sociétés d’ingénierie, constructeurs de matériel roulant, grands groupes de travaux publics) dont l’expertise est aujourd’hui reconnue – et diffusée – dans le monde entier.

Depuis 30 ans, les entreprises françaises du tramway ont capitalisé un savoir-faire exceptionnel en intervenant à tous les niveaux (études, construction et exploitation).

Notre conviction est que la success story du tramway français ne doit pas s’achever avec la mise en service des derniers réseaux au cours du prochain mandat municipal et que la réduction des capacités d’investissement des collectivités territoriales, au lieu de signifier la fin de l’essor du tramway en France, peut constituer un levier de recherche et de progrès.

La contrainte sur les budgets publics est d’abord, à nos yeux, une opportunité.

Il est opportun, en effet, de stimuler la réflexion des différents acteurs du transport urbain pour rendre le tramway accessible aux villes moyennes et aux agglomérations déjà équipées et leur permettre d’acquérir – ou de conforter – des systèmes de mobilité modernes, écologiques et durables. Notre conviction, fondée sur l’expérience accumulée lors de la conception et de la réalisation des grands réseaux de tramways en service, est que d’importants gisements d’amélioration sont exploitables pour peu que les acteurs soient sollicités et que leur expertise soit mobilisée.

En ces temps de difficultés budgétaires, les collectivités disposant déjà d’un système de transport de type tramway et ayant à traiter d’extensions ou de créations de ligne sont à la recherche de solutions. Ces collectivités se retrouvent aujourd’hui sans réelles réponses, contraintes parfois de reporter des investissements pourtant majeurs pour leur développement.

Notre conviction est qu’il existe une possibilité de conserver un niveau de prestation identique à celui des agglomérations déjà équipées de tramway en travaillant sur les postes d’investissement importants qui n’ont pas été rationalisés. Car si la culture de la maitrise des coûts s’est peu à peu imposée, la recherche d’optimisation économique ne constituait pas, pour les premières lignes, la première priorité.
Pour situer les enjeux et à titre d’exemple, le matériel roulant intervient pour 15 % dans le budget d’un projet, alors que l’infrastructure pèse pour 65 %. On voit dans quelle direction travailler. L’idée première est, partant de l’existant, de se concentrer sur l’essentiel : fonctions attendues, performances du système, intégration, service. Il ne s’agit pas, toutefois, de concevoir un tramway « au rabais ». Le défi proposé est de réussir à construire un équipement garantissant tous les fondamentaux du tramway – confort, accessibilité optimale, régularité, pérennité, reconfiguration de l’espace urbain – pour un budget global comparable à celui d’un BHNS.

Depuis le début des années 2000, nombre de villes européennes ont développé ou modernisé des lignes de tramway modernes, intégrées dans un environnement urbain aussi complexe que celui de nos agglomérations. Des solutions originales ont été mises en place. A minima, elles mériteraient d’être connues, analysées et le cas échéant, adaptées au contexte français.

L’Atelier « Nouvelles mobilités : l’ambition du tramway » :

un laboratoire et un centre de ressources

Nous, acteurs de la mobilité issus de collectivités et d’entreprises ayant contribué, depuis 30 ans, au renouveau du tramway français, souhaitons engager un travail collectif pour ouvrir de nouvelles perspectives au tramway en France.
Dans cette optique, nous avons décidé de créer un lieu ouvert à tous de partage, de capitalisation et de diffusion d’expériences dont l’ambition collective est de mettre à la disposition des élus locaux, une véritable aide à la décision dans le domaine des TCSP.